Nous avons la chance d’être les contemporains de la Bugatti Veyron, une voiture record qui a osé s’aventurer en terrain inconnu dans les années 2000. Rien de vraiment comparable n’existait auparavant, et il est difficile d’imaginer qu’une autre supercar ait un impact aussi profond, du moins de notre vivant. Même si la plupart d’entre nous n’en prendront jamais le volant, les passionnés continuent de placer le monstre W16 sur un piédestal pour sa maîtrise technique et ses exploits à très haute vitesse. Bugatti a récemment demandé à l’ancien spécialiste des essais à haute vitesse, Loris Bicocchi, de raconter ce que représentait le fait de conduire au quotidien des prototypes de Veyron. Il avait déjà participé aux programmes de mise au point des EB110 GT et EB110 SS entre 1990 et 1995, avant la prise de contrôle de la marque de Molsheim par le groupe Volkswagen. En 2001, soit quatre ans avant le début de la production de la Veyron, le pilote d’essai italien reçoit un appel de Bugatti : on lui propose de travailler sur une nouvelle voiture. Sa première mission consiste à prendre place au volant d’un prototype rouge et noir sur la piste d’essais Michelin de Ladoux, près de Clermont-Ferrand : "Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je n’osais pas accélérer à fond. C’était tellement impressionnant, fou, presque inexplicable. On comprend tout de suite ce que représente cette voiture." Bicocchi explique qu’à partir de 300 km/h, "tout change". Il a dû remettre à zéro "toutes les références" qu’il s’était construites au fil de sa carrière jusque-là. Et ce, malgré le fait qu’il avait déjà atteint 344,7 km/h en EB110 GT à Nardò, en Italie, en 1994. Il se souvient aussi très précisément des essais de la Veyron sur le centre d’essais d’Ehra-Lessien du groupe VW : "Je me souviens qu’on m’a demandé d’accélérer à fond, puis de freiner à fond à plus de 400 km/h. C’était incroyablement stressant et excitant en même temps." Accident de Bugatti Veyron à 398 km/h Si la rétrospective de Bugatti se concentre largement sur les souvenirs positifs de Bicocchi avec les prototypes de Veyron, tout n’a pas été idyllique. Dans une vidéo de 2017 jointe ci-dessous, à voir si ce n’est pas déjà fait, l’ancien pilote d’essai est revenu sur l’accident terrifiant dont il a été victime à Nardò. L’explosion d’un pneu avant gauche à 398 km/h a de quoi glacer le sang, et pourtant il est là pour le raconter. La défaillance du pneu a fissuré le pare-chocs avant et endommagé le capot, qui s’est alors ouvert et est venu frapper le pare-brise. Le vitrage a volé en éclats avant que la voiture ne heurte la glissière de sécurité, ce qui a ensuite provoqué l’éclatement du pneu arrière gauche au moment où la suspension se disloquait. À ce stade, les freins ne fonctionnaient plus, et Bicocchi ne voyait plus rien devant lui. Son sang-froid lui a probablement sauvé la vie : il a compris que la seule façon d’arrêter la voiture était de l’appuyer contre la glissière. Il a fallu 1,8 km de frottement le long de la barrière pour que la Veyron finisse par s’immobiliser. Bugatti a pris en charge les réparations, et Bicocchi a ensuite aussi participé aux essais de la Chiron. Bugatti a renoncé à la chasse aux records. Vraiment ? Bugatti a mis un terme à ses tentatives de record de vitesse en 2019, après que le pilote d’essai Andy Wallace a atteint 490,4 km/h sur le même anneau d’Ehra-Lessien. Toutefois, fin 2024, l’actuel PDG Mate Rimac a laissé entendre que l’entreprise pourrait un jour viser le cap des 500 km/h, à condition que des pneumatiques capables de résister à de telles vitesses deviennent disponibles. Une telle tentative devrait toutefois se dérouler ailleurs, Bugatti n’ayant plus accès au centre d’essais du groupe Volkswagen.