On sait depuis longtemps que les constructeurs chinois ont pris une longueur d’avance sur les marques occidentales en matière de technologies liées aux véhicules électriques. Ce qui est moins évident, c’est à quel point cet avantage est en train de se creuser rapidement. Les derniers VE de BYD, dotés de sa nouvelle génération de batterie et de technologie de recharge, rappellent de façon assez nette à quel point les constructeurs chinois ont laissé les marques occidentales loin derrière. BYD Seal 07 : nouvelle batterie Blade et recharge « Flash » à 1 500 kW Le constructeur a présenté vendredi une version mise à jour de sa berline électrique Seal 07, équipée de la batterie Blade LFP (lithium-fer-phosphate) de deuxième génération et compatible avec ses nouveaux chargeurs « Flash » annoncés à 1 500 kW. Elle revendique une autonomie maximale de 705 km selon le cycle CLTC (soit 438 miles), ce qui correspondrait à environ 480 km d’autonomie sur le cycle américain EPA. Le CLTC est généralement plus favorable (notamment en conduite urbaine) et donc plus optimiste que les valeurs EPA. Un prix inférieur à celui de la Tesla Model 3 en Chine Avec de telles caractéristiques, on pourrait s’attendre à un tarif élevé. Pourtant, en Chine, elle coûte l’équivalent d’environ 10 000 dollars de moins qu’une Tesla Model 3, avec un prix de départ fixé à 169 900 yuans (24 600 $). La Model 3 propulsion d’entrée de gamme y est affichée autour de 235 500 RMB (34 100 $ au cours actuel). La berline reçoit une batterie « Short Blade » d’une capacité de 69 kWh. Ce pack n’embarque pas toutes les évolutions de la batterie « Long Blade » de la Denza Z9 GT, mais reste compatible avec la recharge Flash. Recharge : 10 à 70 % en moins de 5 minutes selon BYD Dans la pratique, qu’est-ce que cela donne ? BYD a montré la Seal 07 en train de recharger sur une station Flash à Shenzhen via une publication sur les réseaux sociaux, et les chiffres paraissent impressionnants. La voiture arrive avec 10 % d’autonomie restante, soit environ 73 km indiqués à l’écran (45 miles). Elle atteint ensuite 70 % en 4 min 51 s, en ajoutant 422 km d’autonomie (262 miles) sur cette durée. Puis elle grimpe à 97 % en seulement 8 min 44 s, avec 686 km affichés. Cela représente plus de 600 km d’autonomie CLTC récupérés en moins de 9 minutes — soit largement plus de 320 km si l’on raisonne avec l’équivalence évoquée via la méthode EPA. C’est nettement mieux que la majorité des VE actuellement aux États-Unis. Si les bornes Flash sont annoncées capables de délivrer 1 500 kW, on ne sait pas exactement quelle puissance maximale ce modèle précis de BYD peut accepter. Comparaison : Lucid Gravity et Tesla Model 3 Pour situer, le Lucid Gravity à 95 000 $ récupère environ 200 miles d’autonomie en 12,5 minutes de recharge rapide sur une borne EVgo de 350 kW, d’après un test indépendant de la chaîne YouTube State of Charge. Une Tesla Model 3 Long Range propulsion mettrait 35 minutes pour passer de 0 à 80 % sur un Superchargeur 250 kW, selon un essai de la chaîne YouTube Out of Spec. La recharge de 80 % à 100 % ? Il a fallu une heure supplémentaire. Ce n’est pas particulièrement lent et cela devrait convenir à la plupart des propriétaires, mais on reste loin du rythme revendiqué par BYD. La recharge Flash lui permettrait de se rapprocher d’un plein d’énergie presque aussi rapide qu’un ravitaillement en carburant. Même si une utilisation quotidienne de la recharge rapide peut, à la longue, dégrader les cellules, BYD affirme que la batterie Blade 2.0 peut encaisser 500 cycles de recharge Flash. Elle conserverait aussi de bonnes performances de charge jusqu’à -30 °C (-22°F). Une courbe de charge qui ne s’effondre pas après 80 % ? Sur la plupart des VE actuels, la puissance de charge chute nettement après 80 % afin de préserver la batterie et limiter la surchauffe. La nouvelle Blade 2.0 semble, elle, maintenir des vitesses de charge très élevées jusqu’au bout. BYD n’a pas détaillé précisément comment cela est obtenu, mais le groupe a une longue expérience dans les batteries, qu’il fabrique depuis bien avant de se lancer dans l’automobile. Ce qui rend la comparaison plus rude, c’est que les premiers VE chinois s’inspiraient en partie de la stratégie de Tesla. Tesla a été pionnier du segment. Puis, ces dernières années, la marque a en grande partie ralenti l’innovation sur les voitures particulières, en réorientant des ressources vers la robotique et l’IA. Les constructeurs chinois ont, eux, assimilé les leçons et continué d’itérer à un rythme soutenu. Résultat : des VE capables de récupérer 90 % de leur autonomie en un temps proche de celui nécessaire pour faire un plein. Aux États-Unis, la plupart des nouveaux VE nécessitent encore 20 à 40 minutes de recharge à haute puissance pour regagner une autonomie réellement utile. Pas seulement la recharge : lidar, ADAS et équipements La puissance de charge n’est pas son seul atout. La Seal 07 reçoit aussi un système avancé d’aide à la conduite (ADAS) s’appuyant sur un lidar, que BYD baptise « God’s Eye ». Elle intègre également une suspension sophistiquée : des caméras lisent en permanence la route et ajustent les ressorts pour stabiliser la voiture — une fonctionnalité généralement réservée à des modèles haut de gamme. Elle propose aussi une dotation logicielle et des équipements de confort actuels : clé sur smartphone, « dog mode », sièges massants et compartiment réfrigéré. La recharge Flash bientôt exportée, mais pas vers les États-Unis Au final, BYD a confirmé qu’il exportera la technologie de recharge Flash vers l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Amérique latine et la région Asie-Pacifique — des marchés où ses ventes de VE progressent déjà fortement. En revanche, il ne faut pas s’attendre à voir ces solutions arriver aux États-Unis de sitôt. Les droits de douane élevés sur les VE chinois et les restrictions visant les logiciels d’origine chinoise rendent ce scénario très improbable.