Il convient de préciser que nous ne cautionnons pas l'utilisation de l'IA pour la création d'œuvres d'art originales. Des artistes peuvent consacrer toute leur carrière à maîtriser un art pour qu'un robot produise un résultat incontestablement inférieur en un temps record. À titre d'information, nous faisons appel à un véritable artiste pour toutes nos créations originales. Cela dit, il arrive que l'expérimentation avec l'IA donne des résultats inattendus. La Dodge Viper RT/10 break que vous voyez ici a été créée par Sebastian Simonsson, qui se présente comme un "AI Designer". Ce dernier a travaillé plus de 25 ans dans l’industrie automobile, en réalisant des visuels haut de gamme et du marketing pour des entreprises comme Koenigsegg, Oilstainlabs, et d’autres. Nous l'avons contacté afin de mieux comprendre l’objectif de ce projet. Concept IA de Dodge Viper RT/10 Shooting Brake par Sebastian Simonsson "La Viper n’a jamais vraiment été un coup de cœur, pour être honnête", confie Simonsson à Motor1. "Pendant mon enfance, j’étais très attiré par les JDM, et sur la deuxième moitié de ma vie, mon attention s’est presque entièrement tournée vers Porsche, là où se trouve ma véritable passion." Simonsson explique que le projet a commencé comme tous les bons projets : par une idée un peu folle. Il a ensuite réalisé un croquis original, qu’il a plus tard intégré à une IA et affiné jusqu’au rendu final. Si vous regardez de près les badges "Viper" et "RT/10", l’usage de l’IA saute aux yeux. Mais l’ensemble du concept paraît globalement réaliste, et plutôt réussi. Photos par : Sebastian Simonsson Simonsson a abordé l’idée avec un principe simple : "Lagom". Dans des pays comme la Suède, ce terme se traduit approximativement par "ni trop, ni trop peu". Malgré sa carrosserie atypique, le concept de Viper reste sobre et épuré. "Je suis profondément passionné par la forme et la couleur, mais mon langage stylistique est résolument scandinave, fondé sur la retenue, l’équilibre et la clarté", explique-t-il. "J’évite les couleurs criardes, trop saturées, ainsi que les formes inutiles ou provocatrices. L’approche générale peut se décrire comme de l’OEM+, avec une influence subtile héritée de la course et une exécution raffinée, pensée avec un objectif." Bien sûr, Simonsson est conscient du caractère controversé de l’usage de l’IA pour donner vie à ce concept. Il admet d’ailleurs ne pas se considérer comme un designer au sens traditionnel, mais plutôt comme un "créateur" qui matérialise des idées audacieuses comme celle-ci. "Même si j’utilise l’IA, j’ai un immense respect pour les “vrais” designers", dit-il. "Je ne me considère pas comme un designer au sens traditionnel, je me vois comme un créateur, avec une profonde passion pour l’automobile. On pourrait débattre sans fin pour savoir si j’ai ma place ici, ou si j’ai le droit de faire ce que je fais sans avoir étudié le design automobile de manière formelle." "Mais étudier une discipline ne fait pas automatiquement de vous un grand designer, et ne garantit pas non plus cette intuition, au bout des doigts, de ce qui est pertinent, dans l’air du temps, ou simplement efficace. Cet instinct ne s’enseigne pas ; et j’estime l’avoir, ou du moins qu’il se reflète dans la portée, l’engagement et l’appréciation que mon travail reçoit de façon régulière." "Pour moi, l’IA est un outil de rendu, rien de plus", poursuit Simonsson. "Les seuls paramètres que je lui fournis sont les réglages de caméra, ainsi qu’une intention très claire concernant l’éclairage, l’ambiance et l’atmosphère. La paternité, l’intention et les décisions de design restent entièrement les miennes." "Il est aussi important de préciser que je n’utilise l’IA que depuis six mois. Avant cela, tout ce que je faisais reposait sur des méthodes traditionnelles de modélisation 3D et des workflows de design. Ce qui a changé, c’est que j’ai été obligé de devenir meilleur en croquis, et de mieux communiquer l’intention à travers le dessin. Pour moi, c’est du gagnant-gagnant." Que l’on adhère ou non au choix de Simonsson d’utiliser l’IA ici, difficile de nier que l’idée est, au minimum, très séduisante au premier regard. Au point d’attirer l’attention de centaines de personnes dans les commentaires de la publication Instagram de Simonsson. Et même du pilote Jenson Button. "Au cours des premières 24 heures, le projet a été partagé plus de 30 000 fois, a reçu plus de 100 000 mentions “J’aime”, et a généré près de 900 commentaires", explique Simonsson. "Je suis extrêmement reconnaissant et sincèrement touché par la réaction. Ce que je n’avais pas anticipé, c’est la suite : après le premier jour, de plus en plus de grands comptes, d’entreprises reconnues, d’entrepreneurs et de personnalités du secteur ont commencé à s’y intéresser. Peu après, je me suis retrouvé en réunion." Quel type de réunions, exactement ? Simonsson laisse entendre que le projet pourrait, potentiellement, se diriger vers une mise en production. "Avec les partenaires désormais impliqués, dont beaucoup ont une solide expérience en compétition, et une expérience directe de la plateforme Viper, nous savons très précisément sur quels points la voiture doit progresser. Nous travaillons sur le développement du châssis, la répartition des masses, les performances de freinage, l’intégrité structurelle et la qualité globale, avec une approche réellement holistique pour retravailler cette icône." IA ou pas, le résultat est très réussi. Espérons que nous verrons une version bien réelle sur la route dans un avenir proche.