Dans les années 1990, le monospace restait le choix par défaut pour transporter les familles nombreuses. Mais c’est aussi la décennie où les SUV ont progressivement commencé à s’imposer. Nissan a su anticiper l’évolution des attentes des clients et a investi, au tournant des années 2000, dans l’élargissement de sa gamme de crossovers. Cependant, pendant un temps au moins, Nissan a envisagé une alternative différente à son monospace Quest. Au Salon de Tokyo 1997, le Stylish 6 s’est présenté comme un break surdimensionné. Voyez-le comme la réponse japonaise aux grands breaks américains tels que les Ford Country Squire, Oldsmobile Custom Cruiser ou Buick Roadmaster Wagon. Nous avons pu mettre la main sur le communiqué de presse d’il y a près de trois décennies et avons découvert que Nissan le qualifiait à juste titre de "break utilitaire". Mais alors que la plupart des véhicules de ce segment proposaient une troisième rangée orientée vers l’arrière, le Stylish 6 a adopté une approche différente. Contrairement aux Volvo V70 et Mercedes Classe E, Nissan ne voulait pas que les sièges du fond donnent l’impression d’être ajoutés à la va-vite : ils ont donc été orientés vers l’avant. Les sièges "captain chairs" pivotants au deuxième rang basculaient clairement du côté des codes du monospace. Lorsque la troisième rangée n’était pas nécessaire, les sièges arrière se repliaient vers les côtés du véhicule afin de libérer du volume de chargement. Nissan visait une praticité proche de celle d’un monospace tout en conservant une hauteur plus proche de celle d’une berline. Pour occuper les enfants lors des longs trajets, des écrans intégrés aux dossiers des sièges avant et du deuxième rang assuraient le divertissement. Des tablettes rabattables avec porte-gobelets intégrés, un équipement souvent associé aux monospaces, étaient également au programme, mais ici dans une carrosserie plus "automobile", sans toit haut ni portes coulissantes. On trouvait encore davantage d’écrans face au conducteur, avec un combiné d’instrumentation scindé placé à côté de l’affichage d’infodivertissement. Le Stylish 6 date d’une époque où les constructeurs utilisaient encore abondamment des boutons physiques, alors même que les écrans commençaient à s’inviter dans les habitacles. Le souci de fonctionnalité se retrouvait aussi dans des modules escamotables de la console centrale, donnant accès à des porte-gobelets et à un cendrier. Une table sortait même du côté passager de la planche de bord enveloppante. L’intention était claire : proposer un break très fonctionnel en alternative aux monospaces et aux SUV. Des surfaces épurées et une calandre à sept fentes signaient le style extérieur. Un jonc chromé courant le long du flanc et se prolongeant jusqu’à l’arrière mettait en valeur la carrosserie bicolore. Nissan a tiré parti du toit long en installant deux grands panneaux vitrés, en complément d’une surface vitrée déjà généreuse, avec de grandes vitres latérales et une lunette de hayon imposante. Le nom du concept n’apparaissait pas sur le hayon, comme on pourrait s’y attendre, mais sur les montants D, des deux côtés. Nissan n’a jamais communiqué la longueur du véhicule, mais au vu des grandes portes arrière et des porte-à-faux marqués, elle devait approcher 5 mètres. En revanche, nous savons ce qui se cachait derrière cette calandre ajourée inhabituelle. Le Stylish 6 était une tentative hybride précoce, associant un V6 atmosphérique 2,5 litres à un moteur électrique et à une boîte à variation continue (CVT). Lors de la présentation du concept à Tokyo, où il partageait l’affiche avec le Trailrunner, un coupé surélevé, Nissan revendiquait des "performances de conduite supérieures et un respect de l’environnement", sans toutefois donner de détails. Aucune version de série n’a vu le jour : Nissan a préféré se concentrer sur le Quest tout en étoffant sa gamme de SUV. Le Quest a finalement été arrêté en 2017, mais le monospace Elgrand poursuit sa carrière. Il est récemment passé à sa quatrième génération, après un avant-goût donné par le concept Hyper Tourer 2023 au style acéré. Ce n’est pas le seul monospace du portefeuille du constructeur : le plus compact Serena est toujours vendu au Japon. Il est très improbable que Nissan se lance de nouveau, de sitôt, dans ce type de véhicule brouillant les frontières entre segments. Un vaste plan de réduction des coûts est en cours, avec 20 000 suppressions de postes, sept fermetures d’usines et l’arrêt de deux studios de design. Dans ce contexte, la logique veut que les nouveaux concepts servent surtout à préfigurer des modèles de série à gros volumes. Même les concept-cars uniques coûtent extrêmement cher à développer : mieux vaut affecter ce budget ailleurs. En 2026, certaines marques rencontrent encore du succès avec les breaks, mais ils restent surtout populaires en Europe, tandis que Nissan se concentre principalement sur les crossovers et les SUV. Le constructeur vend encore la Micra sous forme de citadine électrique, même si cette « supermini » n’est, dans les faits, qu’une Renault 5 déguisée.