Rarement l’avenir de l’automobile aura été esquissé avec autant de précision que lors du Kia Investor Day 2026. La stratégie présentée dresse un état des lieux lucide d’un secteur en pleine mutation et répond surtout à une question décisive : quelle place restera-t-il aux moteurs thermiques classiques dans un monde de plus en plus électrifié ? À première vue, l’électromobilité donne le tempo. D’ici 2030, Kia veut proposer 14 modèles 100 % électriques. La marque mise sur une gamme large destinée au grand public : le bal sera ouvert par l’EV2 en 2026, suivi d’autres modèles comme l’EV3, l’EV4, ainsi que d’un nouveau SUV du segment C. L’objectif est d’atteindre environ un million de véhicules électriques vendus par an. Mais Kia mise sur la diversité des motorisations, puisque l’offre hybride sera fortement étendue à 13 modèles, avec un objectif de 1,1 million d’unités par an. Kia parie ici sur l’électrification de valeurs sûres : dès cette année, les versions hybrides des SUV Telluride et Seltos seront lancées, suivies d’autres modèles comme la K4 HEV. Ces chiffres le montrent clairement : les motorisations électrifiées constitueront l’épine dorsale de la marque à l’avenir. Pragmatisme plutôt qu’idéologie Kia ne suit pas une idéologie rigide, mais la réalité des marchés mondiaux. Tandis que l’Europe accélère fortement vers l’électromobilité, d’autres régions restent tributaires de motorisations conventionnelles. Kia y répond de manière différenciée : Les moteurs thermiques sécurisent les volumes dans les marchés émergents. D’ici 2030, Kia prévoit le lancement de neuf nouveaux modèles dotés d’un moteur thermique classique. Kia Tasman (2024) Un accent particulier est mis sur le développement de l’activité pick-up : après le Tasman, un autre pick-up à châssis échelle est prévu d’ici 2030. Il doit aussi être proposé en hybride (HEV) et dans une variante EREV (avec prolongateur d’autonomie). Mais vraisemblablement pour le marché américain, pas en Europe. Dans le nouveau domaine des PBV (Platform Beyond Vehicle) pour les véhicules utilitaires légers, la marque lance une offensive produit complète avec le PV5 (lancement commercial en 2025), le PV7 (2027) et le PV9 (2029). Sur le plan technique, la motorisation classique se rapproche du monde de l’électrique. Grâce à de nouveaux systèmes hybrides, Kia promet des gains d’efficacité en consommation et en performances de plus de 4 %. En outre, des fonctionnalités comme le Vehicle-to-Load (V2L) font leur entrée sur les modèles hybrides. Le moteur thermique devient ainsi de plus en plus un élément d’un système global intelligent. Kia K4 Sportswagon (2026) D’un point de vue stratégique, il endosse le rôle de stabilisateur. Tandis que les modèles électriques façonnent l’image de leader de l’innovation, le thermique garantit les volumes nécessaires et ouvre des marchés dépourvus d’infrastructures de recharge généralisées. Dans cette logique, il ne s’agit pas d’une technologie en fin de course, mais d’un outil pour amortir les risques de la transition. Des investissements élevés pour préparer l’avenir Pour autant, la tendance de fond à long terme est irréversible. En Europe, la part des véhicules électriques doit atteindre 66 % d’ici 2030 : le moteur thermique y deviendra progressivement un produit de niche. À l’échelle mondiale, sa fonction évolue : il cesse d’être le concept directeur pour devenir un pilier économique au service d’un volume total visé de 4,13 millions de véhicules en 2030. Pour Kia, cela représente un effort financier majeur. D’ici 2030, le groupe investira environ 49 000 milliards de wons (environ 28 milliards d’euros). Une part importante (21 000 milliards de wons, près de 12 milliards d’euros) ira directement à des activités d’avenir comme l’électrification, la conduite autonome et la robotique, dont le moteur thermique ne bénéficiera plus qu’indirectement.