Imaginez donner à votre enfant un prénom original, avant de réaliser des années plus tard que quelque chose comme "Thomas" lui aurait peut-être évité quelques moqueries à l’école. Certains constructeurs se retrouvent aujourd’hui dans une situation comparable avec leurs gammes de véhicules électriques. Cette année, les marques réajustent en profondeur leurs stratégies sur l’électrique, avec des logiciels plus aboutis, une meilleure technologie à bord, des vitesses de recharge en hausse et une autonomie confortable. Après des années de difficultés en ingénierie et en développement, on a le sentiment qu’elles commencent enfin à maîtriser le sujet. Et pourtant, elles butent encore sur des fondamentaux comme les noms de modèles et le marketing. Cela aussi semble évoluer. Vendredi, Automotive News a rapporté que l'ID.4 de Volkswagen serait renommé ID. Tiguan, en citant le syndicat allemand IG Metall. Un nom qui parlera à toute personne ayant parcouru récemment le catalogue des SUV Volkswagen thermiques. Et VW n’est pas le seul constructeur à revoir les conventions de nommage de ses voitures électriques. 2026 Toyota bZ Une partie clé de cette remise à plat consiste à abandonner des appellations maladroites au son futuriste, au profit de noms plus simples et familiers, empruntés à des modèles thermiques populaires. La familiarité inspire la confiance, et la confiance est cruciale, surtout lorsqu’on vend une technologie encore perçue comme nouvelle. Mais avec des noms comme Mercedes-Benz GLC 400 4Matic with EQ Technology ou Toyota bZ4x, on s’expose à des difficultés. Vendre un nouveau mode de vie autour de l’électrique est déjà assez compliqué. Ajouter des noms qui ressemblent à des mots de passe Wi-Fi ne va pas aider les ventes. 2024 Volkswagen ID.4 Pour être juste, les constructeurs historiques ont une tâche plus délicate que des jeunes pousses comme Tesla ou Rivian. Ils traînent une histoire et un héritage. S’appuyer sur des appellations connues depuis des décennies peut ajouter du sens et de la confiance, tandis qu’un branding trop alambiqué risque de brouiller le message, voire d’éloigner certains acheteurs. La bonne nouvelle, c’est que les constructeurs semblent très conscients du problème et commencent enfin à s’y attaquer. Volkswagen a indiqué l’an dernier déployer une nouvelle stratégie de nommage, plus intuitive, pour sa gamme électrique ID., afin d’améliorer la reconnaissance de ses modèles électriques. Les futurs modèles reprendront des noms issus de la gamme thermique, a précisé le groupe, suggérant la fin des dénominations à base de chiffres comme ID.3, ID.4 et ID.7. Cela commencerait avec le concept ID. 2all, qui s’appellerait simplement ID. Polo en version de série. L’objectif, selon Volkswagen, est de rapprocher les gammes thermique et électrique, tout en permettant aux clients de mieux comprendre le gabarit et le positionnement d’un véhicule. Un porte-parole de l’entreprise a refusé de commenter vendredi l’information concernant l’ID.4. 2024 Merceds G 580 avec EQ Technology Mercedes-Benz va dans la même direction. Ses véhicules électriques de première génération, comme les EQE et EQS, avaient été positionnés volontairement comme des alternatives électriques aux Classe E et Classe S. Les derniers modèles ont adopté un protocole légèrement différent, et sans doute plus lourd, consistant à ajouter « with EQ Technology » à une appellation Mercedes standard. La version électrique du Classe G, par exemple, s’appelle G580 with EQ Technology. Un nom plutôt long. Désormais, Mercedes prévoit aussi de faire évoluer le « with EQ Technology », a indiqué le CTO de la marque, Markus Schäfer, à Edmunds. Selon lui, différencier de manière aussi marquée les modèles électriques et thermiques est moins nécessaire aujourd’hui, et il a laissé entendre que Mercedes pourrait donner à ses véhicules électriques les mêmes noms alphanumériques que leurs équivalents thermiques, en ajoutant éventuellement le mot « Electric » lorsque c’est nécessaire. D’autres suivent le mouvement. Toyota a discrètement clarifié l’an dernier la dénomination de ses hybrides rechargeables. Les RAV4 Prime et Prius Prime sont désormais affichés sur son site comme RAV4 Plug-In Hybrid et Prius Plug-In Hybrid. Les acheteurs potentiels n’ont plus à deviner ce que signifie « Prime ». Un changement plus important est intervenu l’an dernier, lorsque Toyota a abandonné l’étrange nom bZ4x pour son SUV électrique au profit de bZ, abréviation de « beyond zero ». 2026 Toyota bZ Woodland Audi semble avoir trouvé une logique alphanumérique cohérente. Son premier SUV électrique moderne a été lancé sous le nom E-Tron, avant d’être renommé Q8 E-Tron. Pendant un temps, la marque expliquait que ses modèles électriques seraient identifiés par des chiffres pairs (A6, Q6, etc.), tandis que ses modèles à combustion conserveraient des chiffres impairs (A5, Q7, etc.). L’an dernier, Audi a changé de cap, en alignant plus clairement ses véhicules électriques avec leurs équivalents thermiques. L’idée pair/impair est abandonnée, et les futures Audi électriques pourraient porter exactement le même nom qu’une version thermique, avec simplement l’appellation « E-Tron » ajoutée. Volvo a également revu sa stratégie de nommage de l’électrique l’an dernier, en prenant presque l’approche inverse. Le XC40 Recharge a été renommé EX40, un schéma que le constructeur décline dans tous les segments avec des noms comme EX90, EX60 et EX30. Les versions essence et hybrides rechargeables conservent les noms « XC ». Sur le papier, ces changements peuvent paraître mineurs. Mais ils pourraient, au final, rendre les véhicules électriques moins « étrangers » pour les nouveaux clients comme pour ceux qui reviennent à la marque. Est-ce que tous ces noms changeront à nouveau dans quelques années ? Très probablement. Jusqu’au jour où « voitures électriques » et « voitures » ne feront plus qu’un, on verra sans doute encore des expérimentations et des remaniements marketing.