Tesla prévoit de réduire progressivement la production du Cybertruck à partir de 2027 pour laisser davantage de place au Cybercab. Trois ans après ses premières livraisons, le pick-up électrique peine à convaincre. Malgré ses performances impressionnantes et son design spectaculaire, ses ventes ont fortement reculé, tandis que les rappels et les difficultés d’utilisation se sont accumulés.

Le Cybertruck n’aura peut-être été qu’une parenthèse dans l’histoire de Tesla. Vendredi 6 novembre 2026, Elon Musk a annoncé que sa production serait progressivement réduite dans l’usine texane d’Austin à partir de la mi-2027. Les installations seront réorientées vers le Cybercab, un véhicule électrique conçu pour fonctionner sans conducteur.

Selon Reuters, Tesla n’a pas précisé si le Cybertruck serait définitivement abandonné ou si sa fabrication pourrait être transférée dans une autre usine. Mais cette décision marque un tournant pour un véhicule dont le constructeur espérait initialement produire 250 000 exemplaires par an.

Un pick-up spectaculaire qui n’a jamais trouvé son public

Présenté en novembre 2019, le Cybertruck devait révolutionner le marché américain des pick-up. Sa carrosserie en acier inoxydable, ses lignes anguleuses et son absence de peinture traditionnelle le distinguaient immédiatement des Ford F-150, Chevrolet Silverado et autres références du segment.

Le véhicule possède aussi des caractéristiques techniques impressionnantes. Long de 5,68 mètres et pesant plus de trois tonnes, il peut tracter jusqu’à près de cinq tonnes selon les versions. Sa déclinaison Cyberbeast, équipée de trois moteurs électriques, revendique un 0 à 60 mph (environ 97 km/h) en seulement 2,6 secondes. Des performances remarquables pour un engin de cette taille.

Mais ces qualités n’ont pas suffi à convaincre durablement les automobilistes américains. Les ventes du Cybertruck sont passées de 38 965 exemplaires en 2024 à 20 237 en 2025, selon les estimations de Cox Automotive. Une baisse de 48 % en un an. Sur les neuf premiers mois de 2026, seulement 11 586 unités auraient été écoulées.

Le prix a également freiné sa diffusion. Annoncé à partir de 39 900 dollars lors de sa présentation, le Cybertruck a finalement été commercialisé à des tarifs nettement supérieurs. En août 2026, son prix d’entrée atteignait 74 990 dollars, malgré plusieurs réorganisations de la gamme.

Son design très particulier, qui constitue sa principale originalité, limite aussi son attrait auprès des acheteurs recherchant un pick-up traditionnel et fonctionnel.

Autonomie, réparations et rappels : les limites du Cybertruck

Sur la route, les performances du Cybertruck ne compensent pas toujours ses contraintes. Malgré une autonomie annoncée pouvant dépasser 500 kilomètres selon les versions, les essais indépendants ont montré des résultats plus modestes dans certaines conditions.

En 2024, le magazine américain MotorTrend avait notamment mesuré une autonomie d’environ 360 kilomètres lors de son essai routier d’un Cybertruck à deux moteurs. Avec une caravane de près de 1,5 tonne, cette distance était tombée à environ 257 kilomètres. Une diminution importante, même si les autres pick-up électriques connaissent des contraintes similaires lorsqu’ils tractent une charge.

La conception du véhicule complique également certaines réparations. En 2025, L’Automobiliste rapportait le cas d’un Cybertruck accidenté dont le devis de remise en état avait atteint près de 58 000 dollars. L’accident avait endommagé plusieurs éléments mécaniques et structurels, notamment la suspension, la direction arrière et des panneaux de carrosserie. Un cas exceptionnel, mais qui illustre la complexité des interventions sur ce modèle.

Les rappels de sécurité ont constitué une autre difficulté. En avril 2024, Tesla avait dû intervenir sur la pédale d’accélérateur de certains Cybertrucks, dont le revêtement risquait de se détacher et de rester coincé.

En mars 2025, un rappel plus important a concerné 46 096 Cybertrucks, à cause d’un panneau extérieur en acier inoxydable susceptible de se détacher pendant la circulation. D’autres campagnes ont notamment porté sur les essuie-glaces, la caméra de recul et des composants électriques. Ces problèmes ont fragilisé la réputation d’un véhicule pourtant présenté comme particulièrement robuste.

Le Cybertruck n’a pas réussi à transformer l’essai

Le Cybertruck a également rencontré des obstacles en dehors des États-Unis. Sa carrosserie aux arêtes prononcées, son gabarit imposant et certaines caractéristiques de conception compliquent sa conformité aux règles européennes, notamment celles relatives à la protection des piétons. Il ne bénéficie toujours pas d’une homologation permettant sa commercialisation ordinaire en France.

Le pick-up conserve néanmoins des qualités techniques réelles, notamment sa direction électronique, ses quatre roues directrices, son architecture électrique 800 volts et ses capacités de recharge rapide. Certaines de ces technologies pourraient être réutilisées sur de futurs modèles Tesla.

Mais le constat commercial est difficile à ignorer. Conçu pour bouleverser le marché du pick-up, le Cybertruck est resté un véhicule de niche, coûteux et complexe à fabriquer, alors même que la demande pour les grands pick-up électriques s’est révélée plus limitée qu’espéré.

En donnant désormais la priorité au Cybercab, Tesla semble reconnaître les limites de ce modèle atypique. Si son arrêt définitif n’est pas encore confirmé, la réduction de sa production prévue en 2027 pourrait marquer la fin de l’un des projets automobiles les plus singuliers de ces dernières années.