Sur les routes espagnoles, un Dacia Duster expérimental affiche une consommation impressionnante de moins de 3,3 l/100 km, remettant en question la domination du tout-électrique. Grâce à l'innovation du moteur Horse H12 et du carburant renouvelable Nexa 95, ce duo pourrait redéfinir l'avenir des moteurs thermiques, sous certaines conditions.
De loin, ce Dacia Duster particulier semble identique aux autres modèles sur la route. Cependant, sous sa carrosserie, il sert de laboratoire mobile pour une idée simple : et si, au lieu d'abandonner les moteurs thermiques, on réduisait les émissions de CO₂ en les rendant plus efficaces et en modifiant le carburant utilisé ?
C'est précisément le défi relevé par Horse Powertrain et Repsol. Le premier a conçu un moteur hybride essence très économe, le Horse H12 Concept. Le second propose un nouveau type de carburant, le Nexa 95, une essence entièrement renouvelable fabriquée à partir de résidus organiques. Ensemble, ils ont déjà testé ce duo dans un Dacia Duster consommant 3,3 l/100 km entre Valladolid et Móstoles, en Espagne. Ce prototype, qui n'est pas encore destiné à la production en série, soulève une question pertinente : ce couple moteur-carburant pourrait-il représenter une nouvelle direction pour les moteurs thermiques ?
Un Dacia Duster affichant 3,3 l/100 km pour démontrer le potentiel du thermique
Au cœur de ce "Duster laboratoire", se trouve un moteur trois cylindres essence dérivé du bloc HR12 bien connu de l'alliance Renault-Nissan. Rebaptisé H12, ce moteur a subi d'importantes modifications : un taux de compression de 17:1, un système de recirculation des gaz d'échappement de nouvelle génération, un turbocompresseur optimisé, un allumage à haute énergie et des lubrifiants spécifiques pour réduire les pertes mécaniques. L'ensemble fonctionne dans une chaîne de traction hybride avec une gestion énergétique améliorée. Le résultat annoncé est un rendement thermique maximal de 44,2 %, alors que les meilleurs moteurs essence actuels atteignent environ 40 à 41 %, et une consommation inférieure à 3,3 l/100 km en cycle WLTP, soit environ 40 % de moins que la moyenne des nouvelles voitures essence immatriculées en Europe en 2023.
Ce moteur n'est pas seulement un projet de laboratoire. Deux prototypes ont été validés sur banc d'essai et un trajet entre Valladolid et Móstoles a permis de le tester dans des conditions réelles, installé dans un Dacia Duster. Derrière ce projet se trouve une véritable entreprise industrielle : Horse Powertrain, une coentreprise créée en 2024 par Renault et le constructeur chinois Geely, avec une participation de 10 % d'Aramco. Basée à Londres, avec un centre de R&D à Valladolid et des usines en Espagne (Valladolid et Séville), elle prévoit une capacité de production d'environ cinq millions de moteurs par an. Pour l'instant, aucun constructeur n'a encore officialisé l'intégration du H12 dans une gamme de production. Ce Duster démonstrateur reste donc une vitrine technologique plutôt qu'un modèle prêt à être acheté en concession.
Essence renouvelable Nexa 95 et moteur Horse H12 : une alternative pour le thermique après 2035 ?
Le deuxième élément clé de ce Duster consommant 3,3 l/100 km se trouve à la station-service. Le Nexa 95, mis au point par Repsol, est un carburant entièrement renouvelable, sans aucune trace de pétrole fossile. Il est fabriqué à partir de déchets organiques provenant d'activités industrielles, comme des huiles usagées, des graisses animales ou des sous-produits agricoles, transformés en un carburant avec un indice d'octane de 95. Un point crucial pour les conducteurs : le Nexa 95 est annoncé comme étant totalement compatible avec tous les moteurs à essence actuels, sans nécessiter de modifications. Repsol a commencé la production industrielle en octobre 2025 dans son usine de Tarragone, en Espagne, et une deuxième unité est prévue à Puertollano en 2026, tandis qu'un projet de carburants synthétiques est en cours à Bilbao. Pour l'instant, sa distribution est très limitée : cette essence renouvelable n'est disponible que dans une trentaine de stations-service en Espagne, alors que le diesel renouvelable de Repsol est déjà vendu dans plus de 1 500 points de vente en Espagne et au Portugal. Combiné au moteur H12, ce carburant pourrait réduire les émissions d'environ 1,77 tonne de CO₂ par an pour un véhicule de taille moyenne parcourant 12 500 km, bien que ce calcul dépende de plusieurs facteurs, dont la disponibilité du carburant, qui reste encore limitée au quotidien.
Au-delà de cette démonstration, l'enjeu dépasse largement le simple cas d'un Dacia Duster expérimental. Actuellement, environ 97 % des voitures en Europe fonctionnent encore avec des moteurs thermiques. La révision des normes CO₂ en Europe pourrait reconnaître les carburants renouvelables comme une méthode valable de réduction des émissions après 2035, ce qui changerait considérablement la situation pour des solutions comme le duo H12–Nexa 95. Repsol met en avant "une solution immédiate" pour diminuer les émissions sans attendre le renouvellement complet du parc automobile, et du côté de Horse, le message est clair, comme l'indique Jesús Francés, directeur de la stratégie et de l'ingénierie avancée chez Horse Technologies : "L’ennemi est le CO2, pas la technologie. Cette chaîne de traction montre que moteurs efficaces et combustibles renouvelables réduisent les émissions dès maintenant, pas dans 20 ans." Cependant, une grande inconnue demeure : sans un déploiement massif de ce type de carburant et sans une décision claire des constructeurs sur l'industrialisation de moteurs comme le H12, ce Duster à 3,3 l/100 km restera surtout une preuve que le thermique peut encore évoluer, plutôt qu'une réalité accessible à la station-service du coin.