À 26 ans, sur le circuit de Silverstone, un jeune Écossais aperçoit une Porsche 904 et tombe foudroyé. Devant ce coup de cœur, il se promet seulement une chose : "Un jour, j'en aurai une.". C'est ce qu'a raconté Bill Drysdale au Guardian. Mais les décennies passent et la sportive devient une pièce de collection dont la valeur dépasse le million de livres sterling. Un rêve désormais hors de portée, du moins s'il souhaite s'offrir un exemplaire d'origine.
Car Bill Drysdale n'a jamais oublié sa promesse. Plus de quarante ans après sa découverte à Silverstone, il décide de relever un défi peu ordinaire : construire lui-même une réplique de la Porsche 904, dans son propre garage. Bill Drysdale a grandi à Wigtown, en Écosse, dans une famille où l'automobile occupe vite toute la place. À 12 ans, il assiste à sa première course automobile aux côtés de son père. Une passion qu'ils partagent également en suivant les 24 Heures du Mans à la radio. Son père meurt à 21 ans et sa mère passe ensuite 23 ans à l'hôpital. "Cela m'a rendu très indépendant", dit-il. Déterminé ? "Têtu, diraient certains." Après des études de mathématiques et de physique à l'université de Glasgow, il rejoint un fabricant de freins comme apprenti. "Oh, c'était formidable !", s'exclame-t-il. "Dans l'entreprise, les jeunes passionnés de voitures, de course et de compétition étaient toujours présents". Sa discipline de prédilection reste le sprint, "courir contre la montre, se surpasser". En jouant les mécaniciens pour un ami à Silverstone, il tombe sur cette Porsche 904 de course. Il en restera subjugué par "le son, l'allure, la ligne". Puis il se marie, fonde une famille, et range son casque de pilote pour se consacrer à sa carrière. Au fil des années, cette promesse faite à Silverstone reste tapie, prête à ressurgir une fois la retraite venue.
Une Porsche 904 devenue intouchable, et le pari d'une réplique
Sur les décennies suivantes, la Porsche 904 Carrera GTS d'origine voit sa cote franchir le million de livres. Soit plus d'environ 1,15 million d'euros aujourd'hui. Face à ces montants, "J'ai compris que je ne pourrais jamais me l'offrir". À 58 ans, lorsqu'il part à la retraite après une carrière d'ingénieur devenue président international, l'idée revient. Il ne pourra pas acheter sa voiture de rêve ; "Et si j'en fabriquais une ?". De quoi donner une autre tournure à ce fantasme de jeunesse longtemps mis de côté.
Certaines répliques de 904 bien exécutées se négocient autour de 190 000 €. Lui décide pourtant de tout fabriquer, ou presque, avec ses propres mains. Drysdale suit alors des cours du soir pendant six mois pour apprendre la soudure, à presque 60 ans. Grâce à une connaissance, il met la main sur un plan de Porsche 904 d'origine, base de son futur gabarit. Dans son garage, il façonne d'abord une carrosserie en bois, puis en plâtre, avant des moules en fibre de verre. Son épouse Lucia participe, en préparant la résine et en l'accompagnant patiemment dans chaque étape. Une fois ces panneaux prêts, viennent les portes, le capot, les ailes, l'habitacle et le tableau de bord. Puis tout bascule vraiment côté technique. "Une fois la carrosserie en main, j’ai pu me concentrer sur l’ingénierie, la fabrication du châssis, la conception de la suspension. Tout était à faire de A à Z", explique-t-il. Il achète un moteur et une boîte de vitesses d'occasion, "puis il a commencé à assembler toutes les pièces".
Porsche 904FF : huit ans de garage pour une fausse qui roule vrai
Autour de lui, tout le monde ne comprend pas l'ampleur de ce défi. Ses enfants "pensaient que j'étais fou", dit-il. Les moments de découragement existent aussi : "Pendant deux mois, je ne mettais même pas les pieds dans le garage. Puis l'enthousiasme revenait… J'ai toujours eu envie de me dépasser". Au total, il lui faudra huit ans de travail pour achever la voiture, alors qu'il a 68 ans. Il la baptise Porsche 904FF, les deux F voulant dire "putain de fausse". Une fois terminée, cette machine prend la route des circuits pour des journées d'essais intensives. En Écosse, en Angleterre, en France ou en Suisse, elle enchaîne courses de côte et sprints pendant deux décennies.
En février dernier, à 87 ans, un AVC lui abîme la vue et l'oblige à quitter le baquet. "Je commence à l'accepter, mais c'est très difficile", confie-t-il. La 904FF continue pourtant de courir, confiée à des amis, tandis que lui reste engagé comme "entrant" officiel. "Je compte bien être dans le paddock, dans les stands, l'année prochaine avec ma voiture de course, même si quelqu'un d'autre la pilotera." En regardant son œuvre, il imagine la réaction paternelle : "Je crois que mon père aurait dit : "Oui, c’est bien mon fils"." "Cette voiture m’a donné un rêve. Je suis convaincu qu’il faut avoir un rêve. Pour moi, un rêve, c’est quelque chose qu’on aimerait vraiment faire, même si on ne sait pas si on y arrivera un jour. C’est ma philosophie de vie : regarder vers l’avenir et faire ce qu’on a envie de faire".